Bien qu’on pouvait s’attendre à une défaite, j’espérais quand même une victoire, les derniers sondages laissaient pourtant peu d’espoir et voilà ! Je m’astreins à écrire ce qui suit pour essayer de sortir de ma tristesse et de mon accablement.
Dans le mois qui vient, c’est dans ses rangs que le PS trouvera ses ennemis les plus féroces. C’est dans les familles et les guerres civiles qu’ont lieu les violences les plus destructrices. N’ajoutons pas à la défaite l’autodestruction. Ceci étant dit:
Je fais parti de ceux qui pensent que Ségolène Royal a fait un score honorable. Je fais parti de ceux qui pensent qu’elle doit conserver un rôle de premier plan dans la démarche de rénovation qu’elle a engagé et que le parti doit poursuivre.
En dépit de leurs compétences éminentes et de leur ancienneté Laurent Fabius et DSK, à tort ou à raison, font figure de gens du passé. Ils ne rénoveront pas le parti. J’attends d’eux qu’ils usent de leurs savoirs et de leurs sagesse pour accompagner cette rénovation et non pour qu’ils en prennent la tête. J’aimerai que ce soit possible. J’ai regretté que Ségolène Royal ne les ai pas sollicité davantage durant la campagne. Il est probable qu’elle a eu de bonnes raisons de ne pas le faire. L’urgence de la situation commande, comme le demande François Hollande, qu’on mette les rancoeurs au placard.
J’ai suivi cette campagne en lisant Le Monde, le Canard enchaîné (ainsi que les journaux suisses) et en écoutant la radio. Malgré les efforts qui ont été fait par le parti ce n’est pas dans ses publications que j’ai trouvé des arguments pour répondre avec suffisamment d’assurance à la propagande UMP. Je ne cherchais donc pas à savoir pour qui voter, mais plutôt à être capable de tenir tête aux assauts des Sarkosistes… et aussi à ceux de l’extrême gauche. Peut-être qu’une publication qui s’adresse à des gens a-priori convaincu n’adopte pas assez le point de vue de l’adversaire pour le
démonter et donner au militant des éléments pour argumenter. Je ne voudrais surtout pas blesser ceux qui ont contribué à l’Hebdo. Je m’en veux de ne pas l’avoir assez potassé. Peut-être aurions nous dû le faire dans la section.
Je n’ai acquis l’assurance de celui qui peut amener la contradiction qu’après le débat qui a opposé Ségolène Royal à Sarkozy. C’était pour moi trop tard ! Après le débat j’ai été stupéfait par la désinformation systématique, le parti pris, la malveillance permanente de la plupart des journaux et des journalistes de la radio. Ceci étant, l’argumentaire de droite simpliste est apparu plus convaincant que celui du PS trop subtil, trop nuancé. La droite sait vendre sa camelote, nous non, et c’est dommage ! Les journalistes ont ensuite beau jeu de tronquer, de ne pas vouloir comprendre ou entendre et ainsi de déclarer le programme du PS flou. Ce qu’il n’est pas. En attendant il n’est pas passé.
Je pense donc qu’il y a un effort considérable à faire, non pour changer de programme (!) mais pour rendre celui-ci capable de paraître aux yeux des électeurs aussi simple et évident que celui de la droite. Problème d’habillage et de “commercialisation” ! Habitué à la télé et à ses pubs le public a besoin d’idées simples et évidentes. Il faut s’interroger sur les raisons qui permettent que le public hésitant n’ait pas tenu Sarkosy pour responsable de l’état actuel de la France. Il y a là une cécité qui dépasse l’entendement. J’avais déjà vécu douloureusement notre incapacité de faire valoir et entendre le bilan de Jospin. Même phénomène ça ne passe pas bien. Mais pourquoi donc ?
La rénovation de notre discours devrait à mon avis porter sur quelques thèmes. Là aussi la droite a su trouver les thèmes porteurs.
Le premier concerne tout ce qui tourne autours de l’argent ! Les gens sentent qu’il y a de l’injustice dans les prélèvements qu’ils jugent excessifs. Ils trouvent normal (civique ?) de chanter la Marseillaise tout en planquant leur fric en Suisse. Ils désirent mieux savoir à quoi servent leurs impôts, comment seront financées les politiques sociales, comment
seront redistribués et gérés le budget de l’Etat et celui des Régions. Il faut rendre crédibles, évidents justifiés et simples nos choix sur les prélèvements effectués sur les fortunes, les histoires de bouclier fiscal etc…. Le thème de l’argent est celui que j’ai entendu le plus souvent évoqué comme assesseur et comme délégué dans un local de vote où se sont exprimés 2400 votants (en Suisse).
Le deuxième thème qu’il me paraît urgent de retravailler (non pour en changer le fond mais la forme) est celui des étrangers (l’immigration), de l’insécurité et de l’Islam. On sent trop souvent la gauche gênée aux entournures dans ces domaines. Ce n’est pas normal. Nos positions sont caricaturées parce qu’elles prêtent le flanc à la caricature. Il faut accroître la visibilité de nos choix. Dans ces domaines il faut sortir des bons sentiments, ceux-ci passent mal auprès d’une population qui ne comprend pas certaines tolérances vécues comme des spoliations. Il faut parvenir à dire ce que l’on ferra et ce que l’on ne ferra pas !
Ségolène Royal a apporté un élément nouveau, original et sympathique, c’est le thème de la démocratie participative. Mais ce thème est susceptible de troubler plus d’un, tant il est étranger à la mentalité des français. En Suisse les pratiques de ce type sont claires et se passent sans heurt. Ce qui ne veut pas dire malgré tout sans discussions. Faute d’éclaircir ce concept, il se prêtera à toutes sortes de dérives et prêtera le flanc à des critiques sans fin. Ces attaques seront le plus souvent fondées si les règles du jeu ne sont pas clairement énoncées.
Enfin, l’Europe tient au coeur de beaucoup de français. Il nous faut sortir de ce qu’a pu être la division entre les partisans du oui et du non en ce qui concerne la Constitution. Là aussi des rancoeurs se sont accumulées qui ont donné lieu à des non-dits dont il nous faut sortir. Nous voulons tous une Europe plus sociale, il faut énoncer les quatre ou cinq mesures sur
lesquels nous allons nous battre et obtenir le soutien de nos amis au Parlement de Strasbourg, mais peut être qu’avant cela nous pouvons nous mettre d’accord sur un mode de fonctionnement de l’institution. A ce niveau là j’avoues que le mini traité dont parle Sarkozy me paraît une bonne chose. Par contre il doit être entériné par un referendum (qui n’aura pas lieu). Il faudra éviter que nous nous déchirions à nouveau à ce sujet. Ni l’Europe, ni le PS, ni la France, ni le peuple n’ont gagné quoique ce soit à nos déchirements passés.
A présent que la campagne est terminée, je souhaite que Ségolène Royale se plie à la démocratie interne du parti. J’ai apprécié l’exotisme qu’elle a introduit dans la campagne, mais il faut aussi reconnaître qu’une certaine absence de concertation laisse la place à des initiatives malheureuses. De même la convivialité est sympathique, elle ne saurait tenir lieu de politique. En définitive, si Ségolène Royale est plaisante à voir, je n’ai pas l’impression de la connaître… Alors que Sarkozy ! Le mystère est tout à la fois un outil de séduction et de pouvoir, cependant je préfère que nous laissions ces outils à la droite.
Philippe Poussière, militant de la section PS de Genève.
[edit] : Vous pouvez télécharger ci dessous les résultats du 2nd tour des élections présidentielles pour le consulat Général de France à Genève.
Résultat du 2nd tour des présidentielles (cliquez droit puis “enregistrer la cible sous”)